Samuele Ellena 

Étudiant au doctorat en littérature comparée à l’Université de Montréal

Samuele Ellena

Après avoir fréquenté l’Università di Bologna, l’Université de Strasbourg et l’Université Cheick Anta Diop de Dakar, j’ai obtenu en 2021 le triple diplôme (italien, français et sénégalais) et le titre de docteur magistral en lettres avec la mention cum laude. À cette occasion, j’ai présenté le mémoire intitulé Texte et contexte littéraire. Bakary Diallo et Abdoulaye Sadji à l’épreuve de la théorie des champs, où je réévalue les premiers textes africains francophones à travers la théorie bourdieusienne.

Je suis actuellement doctorant au Département de littératures et de langues du monde de l’Université de Montréal, spécialisation littérature comparée. Dans mes recherches, j’étudie comment des auteurs et autrices socialement périphériques ont su exploiter leur situation marginale afin de perturber les imaginaires institués et fragmenter l’hégémonie culturelle, soit-elle ethnocentrique, phallocentrique ou issue d’un modèle néolibéral qui tolère mal l’hétérogénéité. Le roman Force-Bonté de Bakary Diallo me permet d’observer l’émergence de la littérature africaine d’expression française dans le contexte français de l’entre-deux-guerres. Diallo, un auteur souvent oublié par la critique, lorsqu’il est considéré en relation aux règles d’expression auxquelles il est soumis et selon son habilité de négociation envers le système de création dans lequel il bouge, devient un véritable nomothète du champ littéraire et le fondateur de la position d’écrivain noir en France. L’étude de la trilogie autobiographique, ou prétendue telle, de l’écrivaine sénégalaise Ken Bugul m’alloue un point d’observation favorable d’où résulte clairement que des violences similaires prennent forme différemment selon le contexte. Dans l’Afrique subsaharienne postcoloniale, les femmes se retrouvent renfermées dans un piège créatif similaire à ceux qui avaient été fabriqué autour des premiers écrivains noirs en France. Ken Bugul est une prestidigitatrice formidable : elle s’avère capable de se faufiler à travers les règles du dicible et de reformuler le régime de vérité en vigueur. Finalement, Yves Boisvert occupe la position d’une minorité précise : celle qui a perdu le Référendum québécois de 1995. Sa trilogie Cultures périphériques est la reconstruction d’une autre Amérique, celle périphérique et parallèle, que l’enthousiasme pour une modernité rugissante a invisibilisée. Sans s’octroyer le luxe d’une idéalisation et à travers une implosion de la poéticité et de la langue, la sienne est une réécriture du territoire : décolonisée, décentralisée et déterritorialisée. Pour moi, les textes de Bakary Diallo, Ken Bugul et Yves Boisvert représentent le point de départ d’une réflexion théorique où la marginalité n’est guère aperçue à travers un regard bienveillant et inclusif, mais comme l’épicentre de l’amélioration sociale. À savoir, le lieu épistémique privilégié depuis lequel démocratiser le savoir et réinventer le partage des ressources.

Membre-étudiant du Centre de recherche des études littéraires et culturelles sur la planétarité (CELCP) et du Centre de recherche Cultures – Arts – Sociétés (CELAT), je participe activement en différents centres de recherche de l’Université de Montréal, où je suis chargé de cours et moniteur de langue italienne pour le Centre de langues de l’UdeM.

Samuele Ellena offrira une communication orale au colloque 652 – « Qu’est-ce que soigner veut dire? », le jeudi 11 mai, au 90e Congrès de l’Acfas.

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